Les
idées rétrogrades de Marc Ouellet
Le
nouvel archevêque de Québec est en retard de quelques décennies.
Daniel
Baril, président
Mouvement
laïque québécois
S’il
fallait s’en remettre aux idées que le nouvel archevêque de Québec et primat du
Canada Marc Ouellet exprimait dans le Soleil du 20 avril 2003, c’est un recul
d’au moins 20 ans que subirait le Québec sur le plan des valeurs et de la
justice sociale.
M. Ouellet trouve que les enfants font preuve d’une «ignorance crasse» en matière de petit catéchisme. Il a probablement raison, mais il faudrait qu’il nous explique en quoi cela pose un problème. L’ignorance, en quel que domaine que ce soit, est toujours à combattre, mais puisqu’il faut faire des choix, c’est l’ignorance en histoire, en physique, en biologie, en langue, en géographie ainsi que les lacunes en pensée critique (des réalités qui ne semblent pas inquiéter M. Ouellet) que l’école doit prioritairement combattre, les religions étant déjà très bien organisées pour assurer la transmission de leurs doctrines.
Et
si les enfants sont ignorants dans les choses de l’Église, la hiérarchie
catholique n’a qu’à s’en prendre à elle-même plutôt qu’aux «enseignants
marxistes» (une jérémiade qu’on n’a pas entendue depuis longtemps) comme le
fait M. Ouellet. La très grande majorité de ces enfants a en effet fréquenté
les cours d’enseignement religieux catholique dont le contenu a toujours été
sous le contrôle de l’Église catholique. Plutôt que de prendre cet enseignement
totalement sous sa gouverne et en libérer l’école, l’Église a préféré la
solution facile et a adapté cet enseignement au contexte scolaire avec un
résultat qu’elle déplore aujourd’hui. Faudrait vous brancher, Monsieur.
Au
lieu de corriger le tir, Marc Ouellet voudrait resserrer l’emprise de la
religion sur l’école publique en souhaitant que le temps d’enseignement
religieux soit augmenté. Ce débat a déjà été fait, trois fois plutôt qu’une, et
il semble que vous étiez absent. Le Québec a fait le choix de la laïcisation
progressive de l’école et on ne va pas tout recommencer chaque fois qu’un
nouveau venu arrive dans le dossier.
Le
Québec a aussi fait le choix de l’égalité des hommes et des femmes ainsi que de
la non-discrimination à l’égard des homosexuels, ce qui veut dire, entre
autres, permettre à ces derniers de signer des contrats de mariage. Ceci
déplaît à l’archevêque, mais l’État n’a pas à se conformer à quel que précepte
religieux que ce soit pour déterminer qui est apte à signer de tels contrats.
La
perle, c'est sans doute le lien établi par M. Ouellet entre l’abandon de la
confession et les problèmes de santé mentale. À croire que le Québec était
exempt de ces problèmes lorsque la presque totalité de sa population
francophone allait s’auto-accuser dans les confessionnaux et que les enfants
étaient sous la férule des clercs. Il y aurait donc, selon les propos de
l’archevêque, une corrélation inverse entre confession et consultation
psychologique. Le problème, c’est que de toutes les religions existantes (y
inclus les religions chrétiennes), le catholicisme est la seule à exiger la
confession à la manière que voudrait faire revivre Marc Ouellet. Qu’arrive-t-il
au reste de l’humanité? Faudrait pas faire preuve d’ignorance crasse.