Amour et tolérance

 

Pourquoi adopter une devise

La promotion de la pensée critique et l'objectif de permettre aux brights et autres libre-penseurs d'occuper la place qui leur revient dans la société ont été les principales motivations  qui ont conduit à la création de la Fondation et de l'Association humanistes.

Or, il est apparu que la pensée critique pouvait facilement conduire à un tribalisme intellectuel du genre "nous-qui-avons-raison" contre "tous-les-autres-qui-ont-tort", si elle n'est pas accompagnée d'un effort conscient pour s'ouvrir aux autres comme nous voudrions qu'ils s'ouvrent à nous.

La devise "amour et tolérance" résume le fond de la pensée humaniste et peut nous mettre en garde contre ce tribalisme intellectuel si on se donne la peine de se le rappeller souvent. Dans cette devise, amour veut dire prendre la peine de s'imaginer dans les souliers de l'autre, il s'agit simplement de l'empathie naturelle envers les autres membres de notre espèce. Tolérance ne signifie pas assentiment ni respect, cela veut seulement dire non-aggression envers ceux qui ne pensent pas comme nous.

 

Le tribalisme

Il est naturel et sain que des groupes sociaux se forment spontanément sur la base de ce que ses membres ont en commun, qu'il s'agisse de facteurs d'âge, d'activités, de culture, d'intérêts etc. Selon le dicton, "qui se ressemblent, s'assemblent". Chaque membre du groupe se sent rassuré d'être "correct" par la présences des autres qui sont comme lui. Ce procédé conduit à des situations "gagne-gagne" où tous les participants bénéficient de leur collaboration mutuelle.

La formation de clans liés par le sang est inscrite dans les gènes de notre espèce car cela favorisait la survie de notre lointain ancêtre homo sapiens. Depuis lors, les clans se sont agglutinés en tribus, les tribus en nations et les nations en alliances pour le plus grand bien de tous alors que les conditions de vie de l'homme ont évolué pour devenir ce qu'elles sont aujourd'hui. Cette adaptation à la vie moderne se poursuit de façon positive par le renforcement librement consenti des liens unissant les pays de l'Union Européenne.

Le tribalisme qui jadis était bon pour notre espèce est maintenant un obstacle à son adaptation à la vie moderne. Ceci est illustré de façon brutale par la tentative de domination globale dans laquelle sont engagés les États-Unis dans leur rôle d'apotres de la démocratie. Le tribalisme est aussi un obstacle au développement en Afrique où le passé colonial a divisé le continent sans tenir compte des réalitées ethniques et culturelles. Trop souvent, la politique consiste à s'assurer que sa tribu soit au pouvoir plutot que de déterminer des objectifs nationaux sur lesquels une majorité de citoyens peuvent s'entendre. Ceci est typique du tribalisme du genre "nous-les-bons" contre "eux-les-pas-bons" où la cohésion du groupe dépend plus de ce qui l'oppose aux autres que des similaritées à l'intérieur du groupe. En Afrique, ce tribalisme conduit directement au népotisme et à la corruption structurelle qui sont fatales au développement économique et culturel.

Nous ne viendrons pas à bout de sitôt de la mentalité négative "nous-les-bons" contre "eux-les-pas-bons" qui a été et est encore puissamment encouragée par les grandes religions. Pensez à l'expansion de l'Islam au 7e siècle, aux croisades au moyen âge, aux guerres de religion en Europe, à l'évangélisation forcée des indigênes durant l'époque coloniale, aux récentes guerres de religion aux Balcans et à l'actuelle montée de l'islamisme radical partout sur la planète.

C'est précisément à cause de cette mentalité, soutenue par la montée de la droite religieuse aux États Unis et au Canada, qu'il est impensable de faire élire à aucun poste public un athée qui l'avoue dans ces pays. Il serait tentant de suivre leur exemple en prenant la position adverse, "nous-les-athées-qui-sommes-bons" contre "eux-les-croyants-sont-des-pas-bons", mais cela ne servirait qu'à nous faire paraître fanatiques et à nous marginaliser encore plus.

C'est pourquoi je pense que nous, les membres de l'Association humaniste de Québec, aurions intérêt à éviter le piège d'un tribalisme dépassé en concentrant notre attention sur ce qui nous rapproche à l'intérieur de notre groupe plutot que sur ce qui nous distingue des autres.

 

Ce qui nous rapproche

Formellement, les principes en italiques ci-dessous, auxquels nous avons tous déclaré adherer en devenant membres de l'Association humaniste du Québec sont ce qui nous unit dans la poursuite de nos objectifs communs.

Nous avons adopté les sept principes de la Déclaration d'Amsterdam rendue publique par L'Union Internationale Humaniste et Ethique en 2002 et y avons ajouté un premier qui précise sans ambigüité notre rejet de l'hypothèse surnaturelle. En language télégraphique, le premier déclare notre athéïsme, le second affirme notre ouverture envers tous les membres de l'espèce humaine, le troisième base nos orientations dans la science, le quatrième prend position en faveur de la démocratie, le cinquième associe la responsabilité sociale à la liberté de la conscience, le sixième rejette les religions dogmatiques et autoritaires, le septiéme affirme l'importance des arts et de la culture et le huitième résume les précédents en déclarant que l'humanisme vise le développement intégral de tous les membres de notre espèce.

1) Le premier principe de la pensée humaniste est le rejet de croyances basées sur des dogmes, sur des révélations divines, sur la mystique ou ayant recours au surnaturel sans évidences vérifiables.

2) L'humanisme affirme la valeur, la dignité et l'autonomie des individus et le droit de chaque être humain à la plus grande liberté possible qui soit compatible avec les droits des autres. Les humanistes ont le devoir de se soucier de l'humanité entière incluant les futures générations. Les humanistes croient que la morale est une partie intrinsèque de la nature humaine basée sur la compréhension et le souci envers les autres, n'exigeant aucune sanction externe.

3) L'humanisme cherche à utiliser la science de façon créative et non de manière destructrice. Les humanistes croient que les solutions aux problèmes du monde se trouvent dans la pensée et l'action humaines plutôt que dans l'intervention divine. L'humanisme préconise l'application de la méthode scientifique et de la recherche sans restrictions aux problèmes du bien-être humain. Les humanistes croient toutefois aussi que l'application de la science et de la technologie doit être tempérée par des valeurs humaines. La science nous donne les moyens mais les valeurs humaines doivent proposer les objectifs.

4) L'humanisme supporte la démocratie et les droits de l'homme. L'humanisme aspire au plus grand développement possible de chaque être humain. Il maintient que la démocratie et l'épanouissement de l'homme sont des questions de droit. Les principes de la démocratie et des droits de l'homme peuvent s'appliquer à plusieurs types de relations humaines et ne sont pas restreints aux méthodes du gouvernement.

5) L'humanisme insiste pour que la liberté personnelle soit associée à la responsabilité sociale. L'humanisme ose construire un monde sur le concept de la personne libre responsable envers la société, et reconnaît notre dépendance et responsabilité envers le monde naturel. L'humanisme n'est pas dogmatique, n'imposant aucune croyance à ses adhérents. Il est ainsi engagé en faveur d'une éducation libre d'endoctrinement.

6) L'humanisme est une réponse à la demande largement répandue d'une alternative à la religion dogmatique. Les principales religions du monde prétendent être basées sur des révélations pour toujours immuables, et plusieurs cherchent à imposer leur vision du monde à toute l'humanité. L'humanisme reconnaît qu'une connaissance fiable du monde et de soi-même se développe par un continuel processus d'observation, d'évaluation et de révision.

7) L'humanisme prise la créativité artistique et l'imagination et reconnaît le pouvoir de transformation de l'art. L'humanisme affirme l'importance de la littérature, de la musique, des arts visuels et de la scène pour le développement et la réalisation de la personne.

8) L'humanisme est une orientation de vie visant la réalisation maximale possible à travers le développement d'une vie morale et créative et offre un moyen éthique et rationnel pour affronter les défis de notre époque. L'humanisme peut être une façon de vivre pour chacun et partout.

Au moins aussi important que ces principes partagés, ce qui va assurer la cohésion et la croissance de notre groupe en pratique, c'est la multiplication d'activitées conjointes qui correspondent à nos divers intérêts et qui attirent la participation de tous nos membres d'une façon ou d'une autre. Ainsi, chacun et chacune se sentira "OK", acceptés, aimés et en sécurité dans le plaisir d'être ensemble

La substance de ce qui précède est bien exprimée par la devise "amour et tolérance" qui veut dire amour pour tous les membres de l'espèce humaine quelle que soit leur couleur, origine ou croyances et tolérance envers ceux dont les opinions diffèrent des nôtres.

 

Un programme

Souvent, les croyants qui pensent détenir la vérité absolue viennent à s'identifier à leurs croyances à tel point qu'ils se sentent menacés personnellement lorsqu'ils sont confrontés à des opinions contraires. La crainte d'être en erreur, ce qui équivaudrait à une destruction personnelle, devient alors cause de conflits religieux et de guerres. L'infidèle ou l'hérétique doit être tué pour éliminer cette menace et pour s'assurer d'être reconnu par la divinité adorée, quelle qu'elle soit.

Comme humanistes, nous cherchons à élaborer nos valeurs et orienter nos vies selon la science plutôt que les dogmes. Cette approche ne permet pas le fanatisme. Nous ne prétendons pas détenir la vérité absolue et nous ne nous sentons donc pas menacés dans notre essence par des opinions contraires aux nôtres. Nous pouvons bien nous engager dans des débats vigoureux pour gagner des points pour notre égo et même entretenir de profondes rancoeurs suite à des désaccords mais jamais les humanistes qui ne prétendent pas détenir la vérité absolue seraient-ils tentés de tuer un adversaire pour valider sa perception de l'univers.

Prendre le temps de penser au sens de la devise "amour et tolérance" peut nous aider à résister à la tentation de nous laisser aller à un tribalisme intellectuel qui fausserait l'orientation de notre mouvement. Nous devons puiser notre force non pas en contestant les autres mais à l'intérieur de notre propre groupe en nous appuyant les uns les autres et en tolérant toutes les diverses façons de percevoir un univers sans éléments surnaturels. Voici quelques suggestions dans ce sens.

a) Évitons de critiquer les fondements des croyances des autres. Ce que les autres croient est leur responsabilité et ne devrait pas affecter ce que nous pensons nous-mêmes.Tenter de changer les croyances des autres est généralement futile, cela nuit au dialogue et conduit souvent à diverses formes d'antagonisme indésirable.

b) Au contraire, ne nous gênons pas pour critiquer les organisations religieuses mais limitons nos critiques à leur comportement social et politique. Chacun a le droit de croire à ce qu'il veux tant que ses croyances ne servent pas à réclamer des privilèges refusés aux étrangers à sa religion.

c) Faisons un effort conscient de nous rappeller constamment que la position d'esprit étroit, "nous-qui-avons-raison" contre "les-croyants-qui-ont-tort" nous feraiit paraître fanatiques, nous isolerait encore plus de la société et nuirait ainsi au mouvement humaniste.

Si la tolérance à l'égard des étrangers à notre groupe est essentielle pour éviter l'isolement et gagner la place dans la société que nous devrions occuper en fonction de notre nombre, la tolérance à l'intérieur du groupe est une condition nécessaire à l'objectif de rassembler une proportion assez grande des libre-penseurs pour pouvoir légitimement prétendre les représenter. En effet, se servir du groupe pour faire valoir son égo risque de détruire le mouvement soit en causant son éclatement ou en faisant fuir les membres dénigrés ne laissant qu'un petit cercle d'admiration mutuelle isolé dans sa superbe supériorité.