Présentation par Arlette BlanchetLe questionnement sur les pouvoirs divers et plus particulièrement ici les pouvoirs politiques, économiques et artistiques amène Irène Durand vers une réflexion-production critique et interrogative. Partant de la pédagogie comme performance, comme système ouvert, elle étale son jeu pour théâtraliser la vie, pour se mettre en scène dans un contexte d'arts visuels et plus particulièrement pour donner à voir autrement l'artiste, ses relations et le contexte de son art. La performance est apparue au début du siècle et les futuristes et dadaïstes s'en sont servi comme appui à leur art. Les années 60 et 70 ont vu le développement de nouvelles formes de performances, happenings, événements, manoeuvres et plusieurs artistes y ont recours tout en poursuivant une démarche bien intégrée au système de l'art, nous pensons ici au peintre Yves Klein ou au sculpteur Joseph Beuys qui a surtout oeuvré en installation. D'autres comme Orlan utilisent leur corps pour exacerber leur critique. Irène Durand a déjà présenté à la fois intégrés et en parallèle à sa pédagogie plusieurs événements, expositions-performances, comme citations et référents mentionnons: Voir l'entendre; Lancement de rire, Hommage à Mondrian ou le fil d'Ariane pour n'en nommer que quelques unes. Critique des lieux de pouvoir de l'art, le faux est ici présenté comme ironie, comme démystification de la logique de la proposition initiale de l'artiste. L'événement exposition-performance se veut transgression et provocation mais surtout réflexion et c'est certainement à cette enseigne qu'Irène Durand nous convie ce soir. Ariette Blanchet
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Bien connue dans le réseau des musées, madame Arlette Blanchet s'est fait remarquer par son véritable humanisme, par son amour de l'art et son esprit critique.
Merci madame Blanchet de cette présentation qui permet de mieux comprendre mon processus dans le système des arts.
Merci à L'Association humaniste du Québec pour m'avoir généreusement offert le lieu de la «théâtralisation de la vie» et merci à Bernard Cloutier pour les photographies suivantes qui permettent de conserver un souvenir visuel et textuel de l'événement.
Irène Durand ( I.D. )

L’artiste en arts visuels Irène Durand commença sa performance avec sa casquette noire de militante et changea de lunettes pour illustrer son propos d’observatrice qui change de lentilles pour observer le visible, en fonction des divers points de vue.
L’artiste présenta quelques personnages qui l’ont inspirée à jouer à l’artiste et à offrir cette performance intitulée
Passionnée depuis l’enfance par les histoires, le regard et les images, Irène Durand expliqua qu’elle s’engagea dans un pélerinage, aux sources de l’art moderne en Provence, dès sa prise de retraite de l’enseignement des arts au Collège de Rimouski.
I.D. profita de ce voyage pour visiter la maison-musée de l’exploratrice Alexandra-David Neil, à Digne-les-bains, dont elle fait sienne sa devise :
« Sois ta propre lumière, sois ton propre refuge ».
Parmi ses influences significatives, dans son cadre de référence, il faut considérer le regard des scientifiques, particulièrement ceux dont la vision fait place à l’art. C’est par un extrait de la pensée de Hubert Reeves que I.D. permet de saisir ce point de vue.
« Elle ( la pulsion créatrice ) est la source vive de la diversité cosmique. On lui doit l’apparition ininterrompuede structures nouvelles, aptes à engendrer d’autres structures plus complexes encore…Pas à pas, elle élabore la complexité cosmique en accouchant, à leur heure, des nucléons, des noyaux atomiques, des atomes, des molécules, des cellules et de tous les organismes, y compris de l’artiste qui s’interroge sur ses propres états d’âme ».
Très attentif, l’auditoire, ( composé d’humanistes, d’artistes, d’amateurs et d’amatrices d’art ) semble se demander ce qui va se passer avec le fameux cadre.
Ces personnes ont bien raison d’être dans l’expectative, car selon l’histoire de l’art on peut s’attendre à tout dans une performance en arts visuels, mais surtout, à vivre une expérience collective du regard.
Qui voit qui ? Qui voit quoi ? Qui fait semblant de voir ou de ne pas voir ? Qui se cache derrrière chaque regard ? Qui observe le regard des autres ? Qui conserve des regards en mémoire ?
Quel espace prend la forme de mon regard ? Quel monde prend la forme de mon regard ? Quel est ce plaisir du regard ? Quelle forme prend le monde du photographe ? Voilà l'expérience qu'ont vécu Dora Maar et Picasso. Voilà le coeur de cette recherche et de cette histoire qui commença par ce fameux pélerinage en Provence.
C’est au restaurant Van Gogh à Arles que I.D. commença son enquête suite à la grande surprise provoquée par la lecture d’un article du journal du 6 mai 2004 titré : Un Picasso vendu 104,16 millions de dollars.
L’extrait de ce journal stimula l’ex-enseignante à revenir à sa passion de la peinture qui l’avait animée dans sa jeunesse, durant sa période Beaux-arts.
« 93 MILLIONS DE DOLLARS, soit 104,16 millions de dollars ( 85,9 millions d’euros) en incluant les frais : Le garçon à la pipe, peint par Picasso en 1905, est devenu mercredi le 5 mai, le tableau le plus cher au monde, détrônant à ce curieux panthéon médiatique Vincent Van Gogh, qui détenait le record depuis 1990 avec 82,5 millions de dollars. Le Picasso, lot numéro 7 de la vacation d’art impressionniste et moderne organisé par Sotheby’s à New-York, a été emporté par un acquéreur anonyme, au terme d’une longue bataille d’enchères l’opposant au marchand américain Larry Gagosian.
Sous-titré Le jeune apprenti, ce tableau qui mesure 99,7 X 81,3 cm représente un adolescent, peut-être « P’tit Louis », un habitué du Bateau-Lavoir. Charles Moffet, codirecteur du département impressionniste et moderne de Sotheby’s pense que les deux bouquets de fleurs qui encadrent le jeune homme ont été ajoutés un mois après la pose, dans un moment d’inspiration soudaine…
C’est en tout cas un chef-d’œuvre de la période rose, qui appartenait à la Fondation Greentree, créée en 1982 par Betsey Whitney, à la mort de son époux John Hay Whitney. Les responsables de la fondation pensent satisfaire aux volontés de Betsey, décédée en 1998, en rénovant l’ancienne maison du couple à Long Island, pour y faciliter l’organisation de conférences sur « la paix, les droits de l’homme et la coopération internationale ».

Avant de dévoiler son Garçon à la pipe, également intitulé Le jeune homme à la pipe, l’enseignante, a mis son chapeau de peintre, pour explique son processus de recherche dans les arcanes du marché de l’art afin d’approfondir ses connaissances de la valeur des œuvres d’art. Les principaux critères qu’elle découvrit, qui font monter les enchères d’une œuvre d’art, sont les suivants : la valeur muséale des œuvres, le pedegree des acquéreurs et la publicité.
Par la description du pedegree de l’aristocrate baron de la finance John Hay Whitney ( qui exposa le tableau à l’ambassade américaine à Londres de 1959 à 1961 alors qu’il était embassadeur ), on peut comprendre que son regard posé sur un tableau possède une valeur marchande considérable car, il faut l’admettre, certains regards ont plus de valeur que d’autres pour faire monter les enchères.
Tout en s’intéressant à la vie de Picasso et au marché de l’art, I.D. a désiré voir et avoir l’œuvre convoitée par tant de regards. Le désir d’inconnus est devenu son propre désir. Son défi fut alors de copier à la peinture acrylique le tableau de Picasso peint à l’huile.
L’artiste raconta qu’elle réalisa un rêve d’enseignante : montrer le format réel d’une œuvre ainsi qu’une texture matérielle. Le rapport au format réel de l’œuvre modifie le rapport de l’observateur à l’image.
Les difficultés rencontrées durant l’exécution du tableau sont reliées à la couleur et à la saisie de l’expression de l’énigmatique personnage qui annonce l’époque rose de Picasso.
Les couleurs exactes sont impossibles à connaître à moins de voir la peinture de visu. Mais en comparant de multiples reproductions dans les livres et sur internet, I.D. a réalisé une synthèse qui se rapproche de l’original. Le tableau vendu à un acquéreur anonyme est disparu du domaine public; les musés n’ayant plus les moyens financiers de se procurer de telles œuvres.

L’auteur du Garçon à la pipe est né à Malaga en Espagne en 1981, d’une mère italienne dont il reprendra le nom et d’un père professeur de dessin et de peinture académique. En suivant les traces de son père, Picasso le dépassa rapidement par une excellente technique. Dès l’âge de 19 ans, l’un de ses tableaux fut choisi pour représenter l’Espagne à l’exposition internationale de 1900 à Paris. Quelques années plus tard, Picasso s’intalla dans l’un des ateliers d’artistes du Bateau-Lavoir à Montmartre où il rencontra sa première compagne Fernande Olivier qui écrira en 1933 le livre picasso et ses amis.
Le jeune homme à la pipe se situe à une période charnière dans l’art de Picasso. La période bleue se termine pour faire place à la période rose qui s’annonce.
Ce changement de couleur est expliqué par sa rencontre avec la belle Fernande qui partagea cette vie de bohème et par le fait que la célèbre mécène Gertrude Stein a fait peindre son portrait par Picasso et qu’elle lui acheta un tableau de la période bleue.
Ce tableau suggère diverses explications de la part des spécialistes. Une chose est certaine c’est que le jeune homme porte le costume bleu des ouvriers, celui que portait Picasso. La pipe rappelle le fait que l’opium fut expérimentée au Bateau-Lavoir. Certains historiens considèrent qu’il s’agit d’un jeune homme inconnu qui habitait dans cette pépinière d’artistes et de poètes, d’autres pensent qu’il s’agit de Jaime Sabarté, le fidèle ami et majordome de Picasso qui avait une véritable vénération pour Picasso.

Ayant pris plaisir à copier Picasso, la performeuse redécouvrit le plaisir de peindre. Ici l’artiste présenta une copie d’un tableau de Gustav Klimt qu’elle réalisa durant l’été 2004, suite à la lecture d’une biographie de Alma Malher écrite par Françoise Giroux. Tout indique que la belle Alma Mahler aurait fait tourner le cœur du fameux peintre viennois. Toute une époque la Vienne de 1900!
C’est en fouillant dans des livres d’art à la nouvelle Grande bibliothèque du Québec que Irène Durand eu le désir de voir ce tableau de Klimt intitulé Femme au boa de plumes. Ce tableau produit vers 1910 est une huile de 69 X 55,8cm. Il fait partie de la collection du groupe LVMH de Paris.
À ce moment de son processus de recherche, Irène Durand ne se doutait pas du tout que le tableau de Picasso serait détrôné sur le marché de l’art par le portrait de Adèle Bloch-Bauer de Gustav Klimt dans une vente aux enchères le 19 juin 2006. C’est ainsi qu’on présente cette vente :
« LOS ANGELES (AP) - Un portrait d’Adèle Bloch-Bauer, qui avait été volé par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale, a été acheté lors d’une vente aux enchères par un musée de New-York pour la somme record de 135 millions de dollars, a annoncé dimanche le New-York Times ».
Ironie du sort, la semaine précédente de la performance de Irène Durand, un tableau de Picasso devait se vendre 138 millions. Picasso allait reprendre la première place sur le marché. C’est à la télévision que l’événement fut annoncé. Le magnifique tableau de 1931, intitulé Le rêve, fait partie de la période heureuse de Picasso alors qu’il était amoureux de la belle et jeune Marie-Thérèse Walter. Un incident est arrivé au moment où le tableau fut mis en vente. Le propriétaire rentra, par inadvertance, son coude dans le tableau qui est présentement parti pour la restauration. Histoire à suivre…

En montrant cette belle Nature morte à la corbeille d’oranges de Henri Matisse, rival et ami de Picasso, la performeuse expliqua que sa vie venait de subir une bifurquation fondamentale au moment où elle produisit une copie de ce tableau datant de 1912.
Irène Durand vivait retirée du monde dans son ermitage, à Pointe-au-Père, au bord de l’estuaire du magnifique Saint-Laurent. Elle avait imaginé mourir dans ce paradis en contemplant les couchers de soleil sur la mer, mais sa vie tourna comme le vent. Le mouvement de la vie l’amena ailleurs.
C’est le 31 septembre 2005 qu’elle décida de revenir vivre à Montréal ( sa ville natale ) parce que la queue de la tempête Katrina lui avait rendu le voyage de retour en voiture à Pointe-au-Père trop pénible. Les forces de la nature ont eu raison d’elle et de son projet.
C’est en vu de décorer son futur appartement à Montréal que I.D. avait choisi de peindre ce tableau qu’elle aimait particulièrement. La chaleur du tableau et la redécouverte de son plaisir de peindre lui permettait de faire son deuil de son refuge au bord de la mer.
Elle ne savait pas à ce moment-là que la peinture de Matisse fesait partie de la collection personnelle de Picasso et que l’original se trouve présentement au Musée Picasso à Paris. L’œuvre de Matisse n’a donc plus de prix puiqu’elle est soustraite à la spéculation du marché. Picasso l’a amenée avec lui dans la mort. La belle amitié qui unissait ces deux hommes est racontée par la peintre Françoise Gilot qui succéda à Dora Maar dans la vie de Picasso.

C’est en apprenant que le tableau Dora Maar au chat venait d’être vendu pour 95,2 millions de dollars américains chez Sotheby’s à New-York, le 29 avril 2006, que la performeuse/raconteuse commença à s’intéresser vraiment à la vie et à l’œuvre de Picasso et bien sûr aux muses qui l’ont inspirée.
La raconteuse présenta à l’auditoire les 7 conjointes très connues de Picasso qui marquent les 7 étapes significatives de la production artistique du célèbre peintre qualifié de démiurge, divin, génie,farceur, homme d’affaire, aussi bien que barbe-bleu.
Fernande Olivier, ( 1904-1911) rencontrée au Bateau-Lavoir. Début de l’époque rose et du cubisme. Auteure de Picasso et ses amis publié en 1933.
Eva Gouel (1911-1915) rencontrée chez les Stein.Ce fut le coup de foudre. Époque cubiste. Décédée de tuberculose. Le tableau cubiste Ma jolie lui est dédié.
Olga Kokhlova, ( 1916-1935) rencontrée dans la troupe des ballets russes pour laquelle Picasso avait fait les décors. Époque mondaine et classique. Mariage avec la ballerine dans le rite orthodoxe russe. Naissance de Claude. Séparation en 1935 sans divorce.
Marie-Thérèse Walter, (1927-1936 ) belle suédoise de 17 ans, rencontrée sur la rue. Mère de Maya, née en 1935. Picasso la fréquenta très longtemps semi-clandestinement. Elle fut l’amante cachée progressivement abandonnée. Elle se suicida par pendaison en 1977, quatre ans après la mort de Picasso. C’est son portrait Le rêve qui a failli être vendu récemment 139 millions de dollars. Hélas le tableau a perdu de la valeur parce qu’il fut troué par inadvertance. À moins qu’il s’agisse d’une campagne publicitaire.
Dora Maar, ( 1936-1945 ) rencontrée aux café Les deux magots à Paris en 1936. Alors que Picasso est jeune père, il fait la rencontre de la sulfureuse photographe argentine agée de 27 ans qui parle sa langue. En prime elle fut l’amante de Bataille le déconstructiviste du sexe, dans la lignée de Sade lit-on. Née Théodora Markovitchi, fille d’un architecte croate duquel elle subit le regard et d’une mère française, elle vécue en Argentine de 4 ans à 17 ans. À Paris elle entrepris des études en photographie et en peinture et fréquenta la gauche, avant-gardiste artistique et militante. Elle fréquente Man Ray, Cartier-Bresson, Breton et les surréalistes. Dora Maar est photographe d’art et d’essai ainsi que de mode, elle est connue dans l’intelligentia parisien. Son père lui offre un appartement à Paris et elle fest une femme libre qui parle parfaitement français.Organisée par Paul Éluard, la rencontre fut foudroyante. Dora Maar joua du couteau espagnol avec son gant et Picasso est reparti en vitesse avec le gant ensenglanté de Dora Maar. Toute sa vie il conserva ce gant et Dora Maar conserva toute sa vie des gouttes de sang de Picasso. La tauromachie n’est pas loin et le sang espagnol de Picasso viendra à bout de cette femme qui abandonnera son talent de photographe pour se soumettre au regard du maître qui la détourna de sa passion, où elle excellait, pour la convaincre de faire de la peinture qu’il jugeait supérience. ( Ce sont de vieilles querelles en arts visuels ) Il fut long le chemin de Dora Maar pour retrouver sa liberté intérieure.
Françoise Gilot ( 1943-1953 ) rencontrée dans un restaurant en 1943 alors qu’il déjeûnait avec Dora Maar, et autres amis, est une jeune peintre. Très cultivée et possédant ce que l’on qualifie de bonne éducation. Elle fut reniée par son père lorqu’il qu’il a su que sa fille vivait une passion pour la star de la peinture de 62 ans. Françoise Gilot qui n’a jamais abandonné la peinture a eu deux enfants avec Picasso : Paul et Paloma. En 1964 elle a écrit Vivre avec Picasso qui fut interprété au cinéma par le titre Surviving Picasso.
Jacqueline Roche (1953 -1986) vient de divorcer lorsque Picasso la rencontre en 1953. Abandonné par Françoise Gilot ( seule femme à avoir abandonné le génie ) Ils se marient en 1961 après le décès d’Olga. Elle devient sa gouvernante puis la gardienne de la flamme jusqu’à la mort de Picasso. Au moment de la dation des biens de Picasso elle joua un rôle important. En 1986 Jacqueline Roche mis fin à ses jour par une balle dans la tête.
L’État français possédait peu d’œuvres de Picasso mais les droits de 60% exigés par l’État français a permis de créer le Musée Picasso dans l’ancien Hôtel Salé. C’est l’œuvre de François Miterrand.

Le tableau Guernica que montre Irène Durand est le plus grand manifeste peint contre la guerre au XXe siècle. Cet immense tableau fut créé dans le nouvel atelier de Picasso, no 7 de la rue des Grands-Augustin. Ce lieu mythique fut déniché par Dora Maar, pas très loin de son propre appartement. C’est dans cet immeuble que Victor Hugo avait créé le personnage d’un peintre mémorable. Roman prémonitoire, lit-on. C’est aussi dans cet immeuble que Dora Maar avait participé aux mouvements des intellectuels de gauche dans le groupe Attack et dans Masse.
La passion qui unissait la photographe et le peintre les engagera tous les deux dans cette œuvre historique dévorante. Une phrase de Picasso ( 1935 ) citée dans Picasso érotique montre la gloutonnerie de l’espagnol passionné de tauromachie, qui se représentera souvent en minautore sexuel.
« Je n’en peux plus de ce miracle qui est de ne rien savoir dans ce monde et n’avoir rien appris qu'aimer les choses et les manger vivantes »
Le contexte de la création de Guarnica est connu, autant les événements qui inspirèrent Picasso, que le processus de réalisation grâce aux photographies de Dora Maar qui prend la place du photographe Brassaï. Désormais c’est la militante, l’amante, la muse, la servante, le modèle qui deviendra l’oeil orienté sur le divin Picasso. L’argentine à la voix suave, à la machoire volontaire, aux yeux mystérieux, aux grands ongles bleus, aux vêtements griffés, reconnue par tous par son intelligence exceptionnelle devient l’œil qui pose un regard intime et choisi sur Picasso.
Photographies de Dora Maar
Dora Maar qui avait été prisonnière du regard des autres signait, avec ses photographies du processus de création de Guarnica, l’œuvre de sa vie. Cette séquence de photos permet de retracer le processus qui se passait dans la conception de l’œuvre.
Grâce à cette reproduction photographique de Guernica, Irène Durand rappela brièvement que l’Espagne avait choisi Picasso pour la représenter à l’exposition internationale de 1937 à Paris. L’Europe couvait alors la prochaine grande guerre.
La guerre civile et les nazis
Pour sa part, Dali était hanté par la guerre civile pendant qu’il produisit le tableau "Prémonition de la guerre civile" (1936). Alors que Picasso cherchait une idée pour l’imense murale à peindre, l’euréka est venu précisément de cette guerre civile complexe où le fascisme, le marxisme totalitaire, le libéralisme économique jouaient de grandes batailles, dont l’humanité n’a pas fini d’en comprendre les conséquences.
Ajouter à cela le jeu des religions, des églises et des chapelles de toutes sortes, relié à tous les privilèges à maintenir, pour les un et les autres,en temps de guerre…Tout cela a eu pour effet de créer cette terrible catastrophe. Très difficile à démêler toutes ces alliances. Picasso pouvait le comprendre plus que d’autres.
LE DÉCLIC qui décida Picasso de son thème, fut la une de Ce soir, un quotidien dirigé par Aragon, qui annonçait sur quatre colonnes le raid de l’aviation nazie et publiait trois photos de la petite ville réduite en cendres. Le lundi était jour de marché à Guernica. Le nombre de victimes fut évalué à 1664 morts et 889 blessés. Heureusement que de nombreux journalistes ont révéler la vérité car le gouvernement de Front populaire de la France s’employa à disimuler la vérité et accrédita la thèse nazie de la destruction de la ville par les Basques eux-même.
L’immense tableau GUERNICA,d’inspiration cubiste et surréaliste, mesurant 349,3 x 776,6cm, est présentement exposé à Madrid, au Musée national du Prado. L’œuvre manifeste fut accueillie, après l’exposition internationale de Paris, par le Musée d’art moderne de New-York (MOMA) jusqu’à ce que l’Espagne se libère de Franco. C’était le vœu de Picasso et il fut réalisé.

La Femme qui pleure ou Femme en pleurs est un tableau significatif de la période de la guerre. Suite à la boucherie de Guernica et au désastre qui s’annonce pour la planète ce fut pour Picasso et Dora Maar la série des femmes qui pleurent. Dora Maar s’est également lancée comme peintre dans cette série. Pourtant Picasso dira de Dora Maar que c’est la femme qui l’a fait rire le plus. Ironie de la vie, ironie de l’histoire. Paradoxe des sentiments.
Ce tableau copié par l’artiste/performeuse I.D. est le plus connu de la série. On le retrouve dans la plupart des livres. Mesurant 60 x 49 cm. l’huile de Picasso est présentement à la Tate Galery de Londres.
Cette représentation de la femme qui pleure c’est l’archétype de la souffrance des femmes et de l’humanité dans un langage visuel moderne. Cette peine infini dépasse la peine des célèbres amants c’est la peine et la souffrance inhérente à la condition humaine. C’est la « mater dolorosa » de la religion chrétienne : l’antithèse de la jouissance et du plaisir de vivre. C’est un cœur brisé que Picasso montre à voir, un cœur qui mord dans un mouchoir pour taire le cri de sa souffrance. Image d’un passé révolu ou image prémonitoire d’un avenir insaisissable ?
Pour approfondir sa connaissance de Picasso et de Dora Maar l’artiste/performeuse I.D. commença par peintre ce petit tableau sur lequel on trouve beaucoup d’information dans la littérature picassienne, contrairement au tableau Dora Maar au chat qui demeure inexistant dans les livres.

Cette huile de 130 x 97 cm, intitulée Dora Maar au chat fut mise aux enchères chez Sotheby’s, le 4 mai 2006. Qu’en est-il de cette star de New-York décédée en 1997 dans la solitude la plus totale et dans l’apparence de pauvreté, alors que son appartement se trouvait sous la loupe de spéculateurs de tout acabit ? La cinquième compagne de Picasso venait à mourir, il ne reste que Françoise Gilot de vivante.
À la fin de sa vie Dora Maar se faisait soigner par la sécurité publique alors qu’elle était riche à craquer. Elle avait appris sa leçon de Picasso : tout conserver pour la postérité. Elle avait appris la valeur du maître. L’amante qui savait qu’elle passerait à la postérité conservait même des gouttes de sang du divin Picasso.
Qu’en est-il de la véracité du tableau ? Là, tout n’est que spéculation. C’est à ces deux questions que la performeuse/raconteuse, qui semble s’amuser beaucoup dans la vie, répondra en dévoilant la célèbre vedette dans l’ombre de Picasso dont le portrait peint en 1941 fut adjugé par un acquéreur anonyme pour la somme de 95,2 millions de dollars américain.
En 1941 le no 7 de la rue des Grands-Augustins bourdonnait d’activités. Les allemands surveillaient de près Picasso dont l’œuvre était considérée dégénérée par Hitler. Le célèbre marchand juif allemand Daniel-Henry Kahnweiler qui avait fait la fortune de Picasso et la sienne en vendant ses œuvres aux Etats-Unis, en Russie et en Allemagne, depuis l’époque cubiste, était disparu du décor temporairement. D’autres marchands prenaient la relève. Picasso s’amusait de voir ses marchands et ses femmes compétionner entre eux et elles. Picasso jouait avec l’agent et avec les sentiments. Quand un enfant lui demandait la signification d’un tableau il répondait : « Cent milles francs ». N’oublions pas que Picasso conservait pour la postérité ses tableaux dans des salles d’une banque et qu’il était obsessif avec l’argent tout comme Dora Maar.
Le désir attrapé par la queue
La cinquième muse partagea la vie intime de Picasso en France durant la guerre. De son appartement elle attendait toujours l’appel du célèbre mâle. La richesse de Picasso et sa notoriété permettaient au couple de survivre mieux que d’autres dans les cafés. La guerre n’a pas empêché Picasso de peindre Dora et même d’écrire une pièce de théâtre en 1941, intitulée Le désir attrapé par la queue. Cette farce théâtrale surréaliste, jouée par Lacan, Sartre, De Beauvoir, Eluard, Camus, Dora Maar et d’autres membres de l’intelligentia de la pensée française, révèle l’esprit de l’époque et de Picasso.
Le rôle attribué à Dora Maar « l’angoisse maigre » ne peut qu’humilier la belle argentine ainsi que la liberté sexuelle que s’offrait Picasso avec les femmes de ses amis et ses multiples aventures rongeaient inévitablement la Concubine Principale du Tyran Picasso. Dora Maar semblait déterminée à en payer le prix. Coûte que coûte. Coincée entre Olga dont Picasso est officiellement mariée et Marie-Thérèse Walter, mère de Maya, il est facile de comprendre que Dora Maar couve de graves troubles psychologiques que Picasso attribuera à Georges Bataille et aux surréalistes..
En 1943 Picasso s’enflamme pour l’étudiante en peinture Françoise Gilot, ( avec laquelle il aura Claude et Paloma ) alors que dans l’esprit de Dora Maar il ne s’agit que d’une aventure passagère comme les autres. Elle s’illusionne la pauvre, elle vit dans le déni. Hélas… pour l’ancienne photographe convertie à la peinture, qui se convertira éventuellement à la religion catholique mystique, suite à sa cure psychanalytique avec le célèbre Jacques Lacan.
Dora Maar et Lacan
En 1945 Picasso rentre d’urgence Dora Maar à l’hôpital Sainte-Anne où travaille son ami Lacan comme médecin. Dora Maar qui a fait une crise de folie a vraisemblablement reçu des chocs électriques : nouvelle mode commencée en Italie en 1936 et poursuivie par les médecins français et allemands dans les hôpitaux français. Quoi qu’il en soit, il est certain que Dora Maar a vécu une cure psychanalytique durant l’été avec Lacan qui vivait alors avec l’ex-épouse de Bataille, lui-même ex-amant de Dora Maar. Les relations sont sexuellement serrées dans l’aura de Picasso, Bataille et Lacan.
L’intérêt pour l’analyse de la sexualité et du regard est conue dans l’œuvre de Lacan pour qui tous les orifices de l’être humain sont objet de plaisir. L’orientation de la pensée de Lacan vers le regard et la sexe se manifeste notamment par le fait qu’il était propriétaire du tableau L’Origine du monde, de Courbet, ( Musée d’Orsay depuis 1995 ) qu’il a sans aucun doute montré un jour ou l’autre à sa célèbre patiente.
Malgré toutes les contreverses autour de Lacan, et surtout à cause des contreverses, le point de vue du psychanalyste mérite qu’on s’y attarde un peu. Selon Lacan il n’y avait pas d’autre chemin pour Dora que le confessionnal ou la camisole de force.
Lacan considérait que les personnes primaires ne pouvait se passer de religion ou d’équivalent : association, cercle, syndicat etc. En orientant sa patiente vers la religion et le mysticisme absolu, Dora Maar pouvait remplacer le divin Picasso par le Véritable Dieu. Ainsi Dora Maar se plaça sous le regard de Dieu lui-même puisque le regard de Picasso ne lui était plus dédié.
Séparation de Picasso d'avec Dora Maar
En guise de cadeau de séparation, Picasso offrit à Dora Maar une ancienne maison de Miherbe qu’il avait obtenu en échange d’un tableau. C’est probablement dans cette région, que Dora Maar a peint les plus beaux tableaux de sa vie dans la belle Provence quand elle partait à bicyclette, le chevalet sur le dos. Elle commençait progressivement à se libérer de la griffe du maître.
Dora Maar négocia sans doute âprement des œuvres du maître quand il la quitta et continua à jouer à la peintre avec l’auréole d’être l’ex de Picasso. Son ami esthète homosexuel James Lord relate dans son livre Picasso et Dora Maar les douze années d’amitié et de fréquentation avec Dora, ce qui lui permettait de demeurer de loin dans le cercle de Picasso.
Finalement la grande mystique catholique annonça sa réclusion à tous ses amis et vécue une quarante d’années isolée du monde en lisant tous les grands mystiques chrétiens, tout en suivant la cote de la bourse des œuvres d’art de New-York.
Mort de Dora Maar et dation de ses biens
À sa mort, tout le monde s’arracha ses possession. Finalement, 60% alla à l’État. 30% du montant alloué à une vieille dame de 99 ans de la sixième génération alla aux généalogistes car Dora Maar n’avait pas de parents connus. Le notaire de Dora Maar découragé de toutes les manœuvre a tout abandonné. Elle avait dans un premier testament donné ses biens à son père décédé en 1973, ainsi qu’à trois religieux également décédés. La dation des biens de Dora demeure une enigme que l’écrivaine argentine Alicia Dujovne Ortiz a tenté de démêler dans son livre Dora Maar Prisonnière du regard.
Certains vices de procédures dans la mise aux enchères empêcha Madona d’acquérir une magnifique encre de Chine, crayons de couleurs et grattage de 40,5 x 72 cm. datée du 5 septembre 1936. Dora et le Minautore est une esthétisation du désir sexuel brut. L’œuvre maintenant au Musée Picasso fut soustraite du regard unique d’une riche star pour être montrée aux regards de la multitude.
Dora Maar sort de l’ombre cette année. En mai 2006, elle devenait la star également à Paris où une exposition importante lui fut consacrée. De nombreux livres analysent de long en large cette grande passion mais nous n’avons aucune certitude que le tableau vendu à la bourse de New-York le 5 mai 2006 soit un véritable Picasso. Trop de noms qui ont vraisemblablement servis d’intermédiaires; surprises des experts car le tableau n’était pas dans le catalogue Zervos; aucune représentation et mention de l’œuvre dans les livres d’art. Toutes ces informations laissent soupçonner à la peintre-performeuse qu’il s’agit d’un faux, et non d’une copie, un véritable faux inventé de toute pièce par de véritables faussaires. À moins que ce soit Dora Maar elle-même qui s’est mise à faire ses propres faux Picasso. Durant ces quarantes années de solitude elle pouvait s’amuser à confondre les experts.

En voyageant sur les traces de Van Gogh, Cézanne et Picasso, l’ex-enseignante s’est redécouvert un nouveau regard. L’œil de l’observatrice a appris à voir momentannément avec l’œil de Picasso.
Entre Le jeune homme à la pipe et Dora Maar au chat, il s’est écoulé près de quarante années dans la vie de Picasso. Deux ans et demi seulement dans la vie de la fausse faussaire. Les hasards de la vie ont dirigé son processus de recherche et de création qui aboutit à montrer réunis ces deux tableaux majeurs de l’histoire de l’art du XXe siècle, grâce aux photographies de Bernard Cloutier.
Ces tableaux réunis permettent de voir de visu quarante années d’évolution d’une peinture académique ( 1905 ) à une peinture cubiste-expressionniste-surréaliste ( 1941 ). D’un côté un jeune garçon qui rappelle la période bohème du Bateau-Lavoir et de l’autre un tableau qui rappelle une grande passion de Picasso pour la photographe du processus de Guarnica.

Nous arrivons bientôt à la fin. L’enseignante ne veux pas trop retenir son auditoire. ( heureusement, il n’y a pas d’examen ! ) I.D. tient à montrer rapidement sa dernière bifurquation dans sa recherche sur les traces de Picasso.
En compilant le top ten des tableaux vendus les plus chers au monde elle découvre en 9e position le tableau Femme aux bras croisés de Picasso qui date des années 1901/03, vendu 55 millions chez Christie’s en 2000. Ce tableau avait été acheté par Gertrude Stein en 1905. C’est cette vente qui sortit Picasso de la misère par la reconnaissance d’une riche mécène écrivaine américaine. L’une des premières lesbiennes à s’afficher librement avec les artistes maudits du Bateau-Lavoir. Elle est aussi connue pour son poème « Une rose est une rose est une rose ».
Cette découverte met le regard de l’enseignante en appétit Les recherches recommencèrent à nouveau pour I.D. à la Grande Bibliothèque du Québec. Finalement, un seul livre présentait une image en noir et blanc de cette peinture de la période bleue. C’est donc à partir d’internet que le tableau fut interprété. Avec ce tableau I.D. découvrait qu’elle peut améliorer Picasso c’est pourquoi elle parle d’interprétation. Il faut admettre que le divin Picasso n’était pas parfait. Le tableau de Picasso Femme aux bras croisés dégage une détresse misérable début XXe alors que celui de I.D. dégage plutôt une grande inquiétude début XXIe. Il s’agit, dans ce cas, ni d’un pastiche, ni d’un faux, ni d’une copie. Il s’agit d’une interprétation comme en musique. Ainsi la peinture devient un regard partagé au-delà du temps et de l’espace.
Sous le charme réciproque, la performeuse et l’auditoire se réjouissent de ces retrouvailles mémorables et des nouvelles rencontres grâce à la passion de Dora Maar et Picasso. Ce plaisir partagé témoigne du plaisir d'approfondir l'histoire de l'art sans se prendre trop au sérieux
BIBLIOGRAPHIE
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BATAILLE, Georges, Histoire de l’œil par Lord Auch, Rééd.
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FERRIER, Jean-Louis, Picasso, Ed. Terrail, 2001
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d’un démiurge, Albin michel, 1981
CINÉMA
Surviving Picasso, réalisé par James Ivory ( 1996 ) à partir
du livre Vivre avec Picasso.
SITES WEB
http://www.musee-picasso.fr/
www.guggenheimcollection.org/site/artist_bio_126.html
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