Le testament biologique

 

 

Dominée par le serment d'hippocrate, l'éthique médicale impose l'obligation de prolonger la vie en toutes circonstances même lorsque la qualité de la vie restante est plus importante pour le patient que sa durée. La fragmentation de la médecine en spécialitées de plus en plus pointues tend à concentrer l'attention du personnel traitant sur la lutte contre la maladie traitée au dépens du bien être général du patient. Enfin, les progrès de la science médicale permettent maintenant de prolonger la vie considérablement en suppléant aux déficiences de plusieurs organes qui auraient normalement causé la mort.

Nous sommes donc tous susceptibles de survivre à des incidents médicaux qui nous auraient emportés il y a quelques décennies. Prolonger la vie ainsi constitue un remarquable progrès lorsque la qualité de la vie peut être maintenue à un niveau élevé mais cela n'est pas toujours le cas.

Seul le patient peut juger du bilan net entre la prolongation de sa vie et la dégradation de la qualité de celle-ci. À la limite, il est tout à fait légitime pour un individu de préférer la mort aux souffrances insupportables de sa vie prolongée et il est parfaitement raisonnable pour un tel individu de choisir un suicide réfléchi s'il n'a aucun espoir de voir sa situation s'améliorer. Telle issue est d'ailleurs son droit et le suicide est légal.

L'exercice de ce droit est légal toutefois que si l'intéressé est en mesure de réaliser son suicide tout seul. En effet, la législation actuelle de presque tous les pays interdit à un tiers d'aider quelqu'un à se suicider (exceptions: Suisse, Pays Bas, Belgique, Oregon).

Pourtant, tous les sondages populaires, et ils sont nombreux, font état d'une écrasante majorité favorable à la disponibilité du suicide assisté lorsque demandé par un agonisant comme libération de souffrances intolérables en phase terminale.  Cette situation met en évidence encore une fois la défaillance des "démocraties" soumises à la manipulation par de puissants intérêts particuliers.

Dans le cas du suicide assisté ce sont les minorités religieuses qui imposent leur volonté à la majorité dans la plupart des pays y compris ceux qui se prétendent laïques.

La pensée que je ne pourrai pas demander à mon médecin traitant de m'aider à mettre fin à mes tourments me désespère. Je suis absolument terrifié par la perspective d'être prisonnier d'une énorme "machine" médicale programmée pour m'imposer tous les traitements et toutes les manoeuvres qui pourraient prolonger ma vie sans tenir compte le moindrement de ma volonté de mourir.

Je trouve cette perspective tellement terrifiante que j'ai la ferme intention de me suicider tout seul si je vois s'approcher cette perspective inacceptable.

Il y a cependant peut-être une autre voie. Les opposants au suicide assisté se sont donné bonne conscience en soutenant que des "soins palliatifs" pouvaient suffisamment atténuer les souffrances physiques et morales de agonisants qu'il devenait acceptable de leur refuser la libération qu'ils réclament.

Le problème, c'est que la voie des "soins palliatifs" est étrangère au cheminement procédural normal de la "machine médicale". Il faut les réclamer vigoureusement car "laisser mourir" est contraire aux traditions médicales et car les ressources nécessaires à des soins palliatifs efficaces sont généralement insuffisantes pour satisfaire la demande.

Si, au moment critique, vous n'êtes pas en mesure de réclamer vous-même une issue par la voie de "soins palliatifs", alors, vous risquez fort de devenir un numéro, un "cas" d'une maladie que la machine médicale va combattre jusqu'à la mort (la vôtre), quelles que soient les souffrances que ce combat vous causera.

À moins que vous n'ayez pris la sage précaution d'avoir fait un testament biologique signé par deux témoins et diffusé assez largement pour que la "machine médicale" ne puisse pas l'ignorer.

Voici donc mon testament biologique à titre d'exemple.

Testament biologique de Bernard Cloutier

Sain de corps et d'esprit et libre de toute contrainte, je formule dès maintenant par avance, mon refus de tout traitement médical visant autre chose que pallier mon inconfort en attente de la mort advenant que je devienne incapable de décider de façon autonome ou d'exprimer mes décisions.

Plus spécifiquement, si je suis en phase terminale, ou inconscient de façon permanente, ou frappé de démence, je refuse tout traitement médical visant à prolonger ma vie tel que la rescucitation cardio-pulmonaire, la respiration mécanique, l'alimentation et l'hydratation artificielle, la dialyse et autres techniques de cette nature.

Je demande qu'une priorité absolue soit accordée à assurer mon confort et ma serénité face à la mort même si cela risque de sérieusement abréger le temps qu'il me reste à vivre.

Pleinement conscient des conséquences fatales de cette directive, je signe devant deux témoins ce ................... jour de .................. 2005.

   

 

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Signature de Bernard Cloutier

 
   

 

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Signature du témoin

 

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Signature du témoin

 

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Nom du témoin

 

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Nom du témoin

 

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Adresse du témoin

 

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Adresse du témoin