Cette thèse ne nous a pas parue particulièrement convaincante au regard de ce que nous savons des véritables terroristes (ceux formellement identifiés comme tels) . Il y a bien des terroristes qui circulent au Canada mais il n’est pas clair qu’ils demandent généralement un visa d’immigrant pour cela. Quant aux terroristes les plus en vue, ceux du 11 septembre, non seulement ils n’avaient pas besoin de visa d’immigrants, mais ils étaient plutôt éduqués et certainement pas isolés dans un ghetto linguistique. Toutefois il faut quand même reconnaître qu’une communauté immigrante qui se perçoit comme marginalisée serait vraisemblablement une base utile pour de vrais terroristes et qu’il n’est pas sain, pour bien d’autres raisons, que de telles enclaves continuent de prospérer.
La première conférence en après-midi, par Elizabeth May avait pour sujet : « Homo sapiens : sommes-nous une espèce capable d’apprendre? ». Elizabeth est actuellement Directrice exécutive du Sierra Club, Canada. Elle a de longues années d’expérience comme activiste et cela se voit et s’entend. Mme May a repris la liste des dégâts environnementaux que nous continuons d’infliger à la planète en s’attardant principalement sur la génération de gaz à effet de serre et le réchauffement qui en est maintenant la conséquence reconnue, au moins par la communauté scientifique. A la grande question « sommes-nous capable d’apprendre (de nos erreurs, je présume)? », notre activiste réponds un ferme « Peut-être »! C’est vrai que nous traînons tellement de la patte sur la question du réchauffement planétaire que le mal est déjà irréversible et que nous ne sommes plus en mode « prévention » mais en mode « contrôle des dommages ». Pourtant, tout espoir n’est pas perdu car il y a quand même des cas de coopération internationale qui ont donné des résultats : le protocole de Montréal est un de ceux là et la couche d’ozone s’en porte définitivement beaucoup mieux que l’on pouvait craindre. Alors, ne désespérons pas et continuons à mobiliser d’avantage la population afin que nos gouvernements respectifs acceptent de soutenir les traités internationaux indispensables à notre survie. Et n’oublions pas que la prochaine conférence mondiale sur l’environnement aura lieu à Montréal, en novembre, et que c’est la première fois qu’une telle conférence a lieu en Amérique du Nord. À marquer dans votre agenda.
Nouveau changement de cap avec la seconde conférence en après-midi : Henry Beissel
nous propose « Mutation ou disparition – Le défi de la démocratie ». Il faut savoir qu’Henry Beissel, ancien professeur de littérature anglaise dans plusieurs universités (dont Concordia), a des idées extrêmement précises sur la question. Il nous rappelle que la démocratie, en temps que pratique de gouvernement, n’a pas eu la faveur de beaucoup de peuples ni de beaucoup d’époques : une brève période dans l’antiquité grecque, puis une résurgence aux temps modernes, au total pas plus de quatre ou cinq siècles. Rien de rassurant. Mais c’est surtout de la démocratie canadienne dont il veut nous parler et, pour lui, il est clair que notre démocratie présente suffisamment de dysfonctions pour mériter une mise à jour substantielle. Il nous propose donc une liste numérotée des points qui devraient faire l’objet de changement aux lois électorales. Impossible pour les Québécois que nous sommes de ne pas relever que les propositions sur le financement des partis se rapprochent considérablement de ce que la loi électorale Québécoise impose. Toutefois la partie la plus proéminente des propositions est le recours aux scrutins proportionnels et à la réforme du sénat. J’ai personnellement des réserves sur le scrutin proportionnel pour avoir vécu, en d’autres lieux et à une autre époque, sous un tel système et d’avoir eu le souvenir d’un système finalement plus opaque car favorisant les jeux de coulisses et surtout complètement instable car toujours à la merci d’un « deal » qui a tourné court. Pour ce qui est du sénat, l’actuel blocage constitutionnel ne permet pas le moindre changement, il s’agit donc d’un vœu pieu.
En fin d’après-midi, Bernard et moi nous séparont pour pouvoir suivre deux conférences en parallèle. Il suit celle de David Gower (Science & Ethics, Skepticisme & Humanism) tandis que je suis celle de Vera Freud : Tolerance versus Complacency.
Vera Freud a été la représentante des Humanistes (International Humanist and Ethical Union) à l’Unesco de 1987 à 1992. Elle a donc, à ce titre, une connaissance de première main des difficultés rencontrées non seulement pour présenter les positions humanistes mais pour obtenir le passage de résolutions. Il faut mentionner que l’UNESCO est le seul forum dépendant des Nations-Unies qui reconnaisse officiellement les ONG (organisations non gouvernementales). Avant même sa position officielle de représentante de l’IHEU, Mme Freud avait défendu les thèses humanistes a de nombreuses occasions, y compris au Québec dans les années 60 avec l’aide des Unitariens. Sa conférence ne m’est pas apparue très reliée au titre ci-dessus mais on lui pardonnera facilement tant son témoignage a été émouvant par moment. On retiendra que défendre la position humaniste a signifié littéralement être « seule contre tous » dans bien des situations et qu’elle aurait bien apprécié une épaule compatissante en provenance de l’IHEU lors de ces luttes épuisantes. Les quelques moments de soutien qu’elle a parfois obtenus sont plutôt venus des amitiés sincères qu’elle a su créer et conserver lors de toutes ces pérégrinations : Dubrovnik, Hanovre, Oslo, Bruxelles, Genève, etc. Sa conclusion est aussi un agenda pour l’action : la Convention sur les droits de l’enfant laisse de coté bien des choses, en particulier le droit à une enfance sans endoctrinement, mais Vera sait que « notre force, c’est notre voix ».
Je suppose que
Humanisme et Gastronomie, sans être antinomiques, ne sont pas des compagnons de
route inséparables. Ils se fréquentent occasionnellement mais on du mal a se
rappeler le nom l’un de l’autre. Le barbecue organisé en fin d’après-midi a
évoqué pour moi des souvenirs de BBQ de campagnes électorales plutôt que les
plaisirs épicuriens. Nous étions à la table du président, Dr Robert Buckman,
mais cela ne nous a pas permis d’approfondir son approche « sans
confrontation » citée plus haut car il s’en est tenu au coté social des
conversations.
En soirée, nous avons eu droit à une courte conférence du Dr Henry Morgantaler. On est alors passé en mode « pro » : police à l’entrée de la salle, cameras de télévision, photographes littéralement à plat ventre (pour les photos en contre-plongée!). Ovation debout à son arrivée. Dear Henry est réellement la coqueluche des Humanistes canadiens. Il faut dire que son absence totale de prétention est capable de confondre tous les sceptiques : il semble toujours étonné qu’on le considère comme une personnalité. Bien sûr, sa conférence, intitulée « Reproductive Choice » nous a rappelé les grandes étapes de lutte pour que les canadiennes disposent enfin en propre et exclusivement de leur corps. Cela a coûté à Henry quatre procès et un séjour de dix mois en prison. Quand on paye de sa personne comme il l’a fait, cela force le respect. Deux réponses à des questions m’ont interpellé. La première « Recommanderiez-vous aux canadiens d’avoir recours à la désobéissance civile? ». Henry a conclu qu’il n’est plus nécessaire de faire cela au Canada : les moyens légaux sont suffisants pour changer la société. L’autre question, plus intime : « Avez-vous eu des moments de découragement, des moments où vous avez eu envie d’abandonner? ». Sa réponse définit l’homme plus que toute autre : « Non, jamais, j’ai toujours été convaincu de la justesse de cette cause et qu’elle finirait par triompher. »
Michel Virard
Secrétaire
Ó 2005 Fondation Humaniste du Québec